Interview #05 – Yerim, le passionné qui ne sait pas s’arrêter

Rappel : Les Interviews Créatives ont pour but de présenter des créateurs anonymes ou presque sur internet, leur parcours, leurs œuvres et leur façon de voir la création. Si vous voulez participer à une interview n’hésitez pas à me contacter. Partagez. C’est important de partager ces posts là, plus que le reste de ce blog, car ils ne me concernent pas.

Aldy : Bonjour Yerim ! Permet moi de te présenter pour ceux qui ne te connaissant pas, tu es un Belge qui ne confirme, ni n’infirme jamais rien ! Avant d’aborder ton travail créatif en tant que tel, voudrais tu te présenter plus en détail, nous parler un peu de ton parcours ?

Yerim : Bonjour ! En ce qui me concerne et ce qui concerne mon parcours… C’est sûrement trop long pour une introduction. Mais on peut faire un petit résumé. Sur le plan « professionnel », après le CESS (le BAC belge) j’ai voulu être enseignant et j’ai adopté la philosophie du « quand on veut on peut ». Mais il s’avère que ce fut un échec particulièrement douloureux dont j’ai eu beaucoup de mal à me relever. J’ai connu une traversée du désert qui n’a pas franchement pas amélioré ma confiance en moi. Cela dit, ça ne m’a pas empêcher de beaucoup écrire, de réaliser des procès sur AAO (1) et de mettre sur pied un JDR. En fait, je pense même que ces projets ont, en partie, contribué à ce que je garde la tête hors de l’eau dans la période difficile. Mais en ce moment, ça va mieux. J’ai trouvé un emploi et même si ce n’était pas mon objectif au départ, ça aide beaucoup et pas que financièrement. Sur le plan personnel… Je viens de le dire, je suis quelqu’un qui manque de confiance en lui. Même si… Là aussi, ça va mieux. Je suis d’ailleurs en pleine phase de découverte à propos de moi-même. Et… Voilà. Je vais en rester là sinon je vais raconter ma vie.

(1) Ace Attorney Online, un site/forum de création de fangame Ace Attorney

Aldy : Mais justement ! La vie des créatifs n’est pas quelque chose a ne pas prendre en compte a mon sens. Avant d’aborder le début de tes créations j’aimerais revenir sur ton parcours. Tu as voulu être enseignant et j’imagine donc que tu as un esprit pédagogique et l’envie de transmettre ! J’imagine d’ailleurs que tu as un parcours plutôt littéraire. Est ce que ton parcours, ce bagage influence ta créativité ! Même après avoir laissé cette voie ?

Yerim : C’est possible. Disons qu’être enseignant oblige un peu à toucher à plein de domaines différents. Surtout le genre d’enseignant que je voulais être qui doit couvrir le maximum de matière plutôt que se spécialiser dans une. J’ai certes axé mon mémoire sur le vocabulaire et les jeux de langage mais… Tout ce qui est d’ordre philosophique ou psychologique aide beaucoup quand on veut créer des histoires. Et en parlant d’histoire… L’histoire elle-même est un bon bagage aussi. Enfin, on y pense sans doute moins mais… La pédagogie est un atout majeur. Mais pas de la façon dont on s’y attend. C’est sûr qu’avoir des notions aident à transmettre. Mais la vraie force de la pédagogie, c’est le côté préparation.

J’ai souvent préparé mes sessions de JDR comme je préparais des leçons. Et c’est un excellent parallèle ! Car, quand on prépare une leçon, on doit envisager tous les cas… Y compris ceux amenés ou provoqués par les élèves. Et bien, un MJ avec ses joueurs, c’est pareil. Un créateur de procès sur Ace Attorney Online avec les joueurs, c’est aussi pareil. C’est moins vrai pour les récits écrits… Mais là, l’autre aspect, celui de la transmission, redevient plus fort. Donc oui, je pense que ça m’influence tant consciemment qu’inconsciemment. Ca et d’autres choses. Je pense qu’on est tous le résultats de multiples influences.

Aldy : On vois immédiatement que tu es quelqu’un de très organisé. Les multiples casquettes de tes projets méritent qu’on s’y attarde un par un, alors j’aimerais d’abord revenir sur ton écriture. A l’heure actuelle, il semble que ce n’est pas le support que tu privilégies, en tout cas il n’y a pas de projet en cours de route lié à l’écriture seule. Mais as tu déjà eu un projet d’envergure ? Qui est encore d’actualité mais dans les cartons ? Quels sont tes écrits dont tu es le plus fier ?

Yerim : Je ne sais pas si je suis organisé. Je le suis en apparence. Ce qu’il faut savoir c’est que je suis plutôt fort pour la théorie. La pratique c’est souvent plus… Chaotique, dirons-nous. En ce qui concerne l’écriture à proprement parler, j’ai surtout écrit de petits textes. Des écrits philosophiques, théologiques, pédagogiques ; bref des écrits très théoriques (justement) et… Très honnêtement, souvent compliqués pour un lecteur non averti. D’un autre côté, j’avais aussi, au moment où j’étais dans ma fameuse traversée du désert, tenu une sorte de journal. Ce n’était pas vraiment un journal intime. Plutôt un recueil de mes pensées. Je ne dirais pas que j’en sois fier car il contient des passages particulièrement… Peu glorieux. Mais d’un autre côté il contient aussi tous les aspects positifs de l’époque. Donc je ne peux pas dire non plus que je n’en suis pas fier. Sinon, je n’ai jamais eu de projet d’envergure au niveau écriture du style roman ou même nouvelle. Les seuls contre exemple sont dans le cadre de mes études d’enseignant justement. Et là, ce dont je suis indiscutablement le plus fier, c’est la rédaction du texte de la pièce de théâtre dans le cadre d’un projet durant mes études pour devenir enseignant. On avait un gros projet de voyage de groupe en vélos pour aller d’écoles en écoles, loger sur place et, en échange, jouer une pièce de théâtre pour les enfants. Dans ce projet, j’étais donc en charge de l’écriture. Le projet a un été un succès au delà de ce qu’on espérait. Pour ce qui est des cartons au niveau de l’écriture seule… Et bien je ne pense pas en avoir. J’ai bien des idées mais ce n’est jamais pour de l’écriture seule. L’écriture seule, c’est souvent exceptionnel, quand une idée fulgurante me traverse l’esprit et j’en fait un petit texte.

Aldy : Toutes mes félicitation pour ce projet en tout cas, c’est toujours gratifiant quand un projet d’envergure dans lequel on investi tu temps fini par aller au delà de ce qu’on imaginait. Pour continuer sur tes créations, tu as plusieurs fois mentionné Ace Attorney Online. Nous nous sommes rencontrés à cet endroit justement. Pour replacer le contexte pour les lecteurs, Ace Attorney est le nom donné à la série des Phoenix Wright, le jeu d’enquête ou on incarne un avocat de la défense, et AAO est un forum qui permet grâce à un éditeur, de créer soi même un jeu dans la même veine. Tu es un membre important et reconnu de la plateforme, peux tu donc nous parler de ton parcours là bas, de tes créations, tes projets, et où tu en as vis à vis d’AAO aujourd’hui ?

Yerim : Je suis arrivé sur le site via… La musique. Et la première page du site que j’ai vue est la page où étaient enregistrées les remix des musiques des jeux utilisable directement dans l’éditeur (que je ne connaissais pas encore) sans avoir à utiliser de lien externe. Je suis resté longtemps « dans l’ombre » sans m’inscrire. Durant cette période, j’ai mis sur pied le script de mon premier procès que je ferais avec l’éditeur. Une fois prêt, je me suis inscrit avec le pseudo sous lequel on me connait maintenant et j’ai sorti la partie 1 de mon procès. La seconde allait suivre. Il faut savoir que je suis un grand fan des histoires d’enquêtes et/ou de procès. C’était une expérience très enrichissante. Ce premier procès en deux partie a longtemps été listé dans les coups de cœur francophones du site et j’en suis très fier.

J’avais par la suite publié la première moitié (les deux première parties) du deuxième procès. Malheureusement, c’est à ce moment précise que ma situation personnelle a dégringolé. Du coup… A l’heure actuelle, la deuxième partie n’est pas sortie. Et même si je sais toujours qui est l’assassin et comment il a procédé, ayant perdu le reste, je ne sais pas si je sortirai un jour la suite. Si je devais me relancer sur AAO, je pense que je repartirais sur autre chose. Mais ça demande un investissement que je ne peux pas fournir pour le moment car je suis en plein stage de nomination. Quand les choses se seront calmées et posées au niveau personnel et professionnel… J’envisagerai de me replonger là dedans.

Globalement, je suis donc actuellement devenu un membre passif. Mais AAO reste une part importante, très importante même, de ma vie et ce, pas uniquement pour le côté créatif. Et même en ce qui concerne le créatif… Ca ne se limite pas que aux jeux Ace Attorney. J’y ai créé des personnages pour les jeux de rp ; j’y ai rédigé une nouvelle dans le cadre d’un concours… Vraiment, comme je disais, c’est une étape majeure dans ma vie personnelle.

Aldy : Je peux comprendre, ce lieu a été un endroit, une étape charnière dans mon parcours à moi aussi. Fort de ces rencontres, tu t’es ensuite plongé dans le milieu du JDR, le jeu de rôle sur table et… Je crois pouvoir dire sans me tromper que tu y est coincé pour de bon. Avant de parler de ta facette en tant que MJ, j’aimerais t’aborder en tant que joueur. Qu’est ce que tu aime dans le JDR ? Dans les personnages que tu incarne ? Et le fait que tu sois autant porté sur le scénario, est-ce que cela fais de toi un super enquêteur dans un JDR ?

Yerim : Alors, dans le fait d’être joueur… J’aime effectivement bien le scénario. Découvrir l’histoire, révéler des mystères… Poser des questions et y réfléchir. Malheureusement, je suis un peu en joueur de JDR comme je suis dans la vie : beaucoup de chose se passe mentalement et finalement peu activement. Du coup je suis parfois plus passif que d’autres joueurs. Même si j’ai de temps en temps de gros impacts, positif ou négatif, d’ailleurs, je ne suis pas un joueur qui va fréquemment avoir de l’impact. Dans tous les cas, j’essaye que mon impact soit « rp » c’est-à-dire, en accord avec le personnage que je joue, son caractère dans la situation et le contexte général. Et parfois, les décisions prises sont… En désaccord avec ce que moi je ferais. C’est parfois très compliqué, j’ai en tête deux exemples… Mais c’est aussi ça le fait de créer un personnage : savoir que la création n’est pas le créateur et inversement. D’un autre côté… J’aime beaucoup l’idée de me dire qu’il y a toujours une part de nous dans chaque personnage qu’on crée. Et à plus forte raison un personnage qu’on joue. J’en suis même entièrement convaincu, j’ai un de mes personnage de joueur qui m’a d’ailleurs probablement (avec certes d’autres facteurs) pas mal aidé à me découvrir personnellement. Donc en gros, ce que j’aime bien en tant que joueur, c’est le scénario, l’histoire ; l’univers même que le MJ va nous permettre de découvrir, vivre, explorer. Mais j’aime au moins autant le personnage que je dois jouer. Car c’est un peu la rencontre entre deux créations qui doivent co-exister… Mais là je commence déjà à déborder sur ma vision du JDR en tant que MJ !

Après, est-ce que je suis un super enquêteur ? J’aime bien l’idée. Mais autant je suis fan d’enquête comme je le disais… Autant je ne sais pas si je suis doué pour les résoudre. J’aime les mystères mais je passe souvent à côté des solutions.

Aldy : Tu débordes, et bien plongeons y ! Et vu que tu me semble clairement lancé sur cette voie, comment tu vois justement le JDR en tant que MJ ? Qu’est ce qui change fondamentalement par rapport à ta facette de joueur ? Comment arrives tu à gérer tous tes joueurs, l’avancée du scénario ?

Yerim : Alors. Un vaste sujet. En gros, je compare souvent le JDR comme une partition. Le MJ comme chef d’orchestre. Les joueur joueurs d’instruments. En gros le parallèle est le suivant : chaque joueur apporte ce qu’il a à apporter. Son personnage, sa façon de jouer, ses envies, ses idées. Le MJ est celui qui va guider les joueurs et harmoniser au mieux l’ensemble. J’aime donc beaucoup faire la comparaison avec l’orchestre… Mais ça s’arrête là. Souvent, l’orchestre suit une partition déjà écrite à l’avance. Le JDR… Ce n’est pas ça. Bien entendu, il faut quelque chose à l’avance. Un minimum qui permette à tout les participants d’avoir une base commune. Pour le reste, contrairement à l’orchestre qui va suivre sa partition, le groupe de JDR va créer sa propre partition. Et c’est là que ça devient intéressant.

Chaque joueur, je l’ai dit, apporte plein de choses différentes. Le MJ, tout en apportant ses propres choses, est celui qui doit veiller à ce que tout puisse rester cohérent, à ce que les différents apports des joueurs puissent s’harmoniser. Et, sans dénigrer le travail de préparation qui est en amont, cette partie là du rôle de MJ est colossale. Les deux aspects demandent de la création. Mais la préparation ne demande pas d’improvisation. On ne peut pas se permettre de réfléchir de longues minutes quand on doit s’adapter. On est donc dans des processus de créations complémentaires mais différents.

Et là où un joueur doit veiller à tout ça pour son personnage… Le MJ doit le faire pour tous les personnage… Ainsi que l’histoire et son univers. Et ceci est vraiment la grande différence entre le joueur et le MJ. Le MJ a énormément d’avantage de par sa position dans le jeu et de par le fait qu’in fine, c’est lui qui décide. Mais ces avantages ne viennent pas gratuitement ; le MJ a bien plus de facteurs à gérer qu’un joueur. Ce qui, du coup, fait une belle transition sur la gestion. L’avancée du scénario, c’est la partie la plus simple. Du moins, durant mon expérience en tant que MJ, je n’ai pas eu de difficulté à ce niveau. Je procède de la sorte : je m’arrange toujours pour définir au moins trois grandes lignes. Sans les détails. Et j’essaye d’intégrer ces grandes lignes sous forme de choix dans le jeu et laisse les joueurs choisir. Ces grandes lignes évoluent avec le temps, peuvent augmenter en nombre (ou diminuer)

De là, je veille à la cohérence générale, je balise le minimum requis pour que ça offre une histoire tout de même intéressante et qui ne change pas toutes les 3 séances afin d’avoir quand même un schéma narratif général correct. Schéma narratif qui peut évoluer et qui, en dehors du besoin de cohérence et des grandes lignes, n’est pas définitivement imposé. Il faut souvent prendre le temps, entre les séances, d’analyser ce qu’il s’est passer et ce que ça implique afin d’offrir des suites cohérentes ET intéressantes. Les deux sont importants. Si c’est intéressant mais incohérent, ça ne va pas laisser de bonnes impressions. Quand on y repensera, on risque fortement de tomber dans la situation où on se dit « ça avait du potentiel mais ça n’a rien donné ». Et si c’est cohérent mais inintéressant… Ai-je vraiment besoin de dire en quoi c’est un souci ?

L’un ne doit pas être sacrifié pour l’autre. Trop chercher la cohérence/le réalisme risque de briser l’intérêt. Vouloir se montrer trop attractif et partir trop loin risque de rendre le JDR inconsistant et illogique. Il faut donc savoir garder un équilibre entre les deux. En ce qui concerne les joueurs. C’est très compliqué. Vraiment très compliqué. Et ça dépasse de très loin le cadre de la création. Pouvoir plaire à tout le monde, c’est possible… Mais pouvoir plaire à tout le monde EN MÊME TEMPS ? Non. Surtout dans le cadre d’un JDR. Il faut parfois prendre des décisions qui vont forcément déplaire à quelqu’un… Et j’avoue que c’est un peu ma faiblesse en tant que MJ. Et ça, c’est encore sans parler de réussir à réunir tout le monde ; gérer les humeurs éventuelles des présents ; faire face aux conflits… On dirait presque que gérer les joueurs, c’est une corvée. Et bien… Non. Car c’est aussi ce qui, retrospectivement, me semble le plus beau. C’est justement parce que c’était compliqué et parce que, ensemble, on a mené à bien notre « partition » malgré les quelques soucis qu’après, on peut regarder le résultat avec fierté. J’en profite pour remercier les joueurs de mon JDR qui liraient cet interview. Sans eux, ça n’aurait pas été possible non plus.

Aldy : Je pense qu’au vu de l’amour que tu semble porter à ceux qui font vivre ton univers, qu’ils te rendront ces remerciement avec plaisir. Je crois savoir que ton JDR est inspiré d’une saga de roman pas forcément connue du grand public. Peux tu nous en parler ?

Yerim : Oui, absolument. C’est très librement inspiré si bien que les deux sont désormais assez bien différent. Mais oui, l’univers et même la structure de base du scénario de la première campagne ont été imaginés sur base du premier cycle d’une série de fantasy. Cette série, ce sont les Cycles de Ji. Le premier cycle ayant inspiré le JDR est appelé « Le secret de Ji » et se découpe en 4 tomes. Je ne sais pas si on peut partager ici un lien mais dans le doute, je vais donner celui qui mène à une vidéo qui présente le synopsis du premier cycle… Et qui a donc été l’exact même synopsis pour mon JDR (à une exception près, j’ai pris une période de 250 ans au lieu de 118) : https://www.youtube.com/watch?v=l4n6s2g1zZg .

Je vais le dire maintenant mais je ne suis pas objectif avec cette série dans le sens où elle a probablement – certainement même – des défauts mais je suis fan. Donc je n’ai jamais vraiment cherché les défauts et ce n’est pas quelque chose que j’ai spécialement envie de faire. Il faut savoir que j’ai lu le premier cycle, la première fois en… 2005/2006. J’ai dû patienter entre le premier et le deuxième cycle et ce fut… Long à cause d’un tout dernier paragraphe de 3/4 lignes à la fin du premier. Le troisième et dernier cycle fut, au contraire, une surprise car la fin du deuxième aurait très bien pu terminer la saga. Personnellement, je l’ai dit, j’ai beaucoup aimé et je recommande. L’histoire est toujours racontée non pas selon un point de vue narrateur mais selon le point de vue d’un personnage. Et ce point de vue alterne souvent d’un personnage à l’autre. Parfois même se retrouve-t-on hors du groupe de héros pour être, le temps d’un instant, à la place d’un des antagonistes. C’est un peu déroutant au départ car chaque personnage va forcément avoir une vision différente des mêmes événements. Mais on s’y fait rapidement et je trouve, personnellement, que ça apporte du positif au récit.

Aldy : Cette pluralité des discours et des points de vue, tu as essayé de l’apporter dans ton JDR ? Comment ?

Yerim : C’est compliqué. Le MJ a souvent besoin de décrire. La description est doublement avantageuse. Elle permet de donner aux joueurs de la matière, des éléments sur lesquels se reposer afin de jouer leur personnage, raconter leur histoire. Et la description est neutre en ce sens qu’elle n’impose pas une vision ou une autre. Quand on décrit, on doit éviter de donner un point de vue… Et pourtant, les différences de points de vue et la diversification des avis est très importante aussi. Le MJ va devoir gérer plusieurs personnages. Si tous avaient des avis et opinions similaires… Et bien, en plus d’être discutable au niveau de la cohérence et du réalisme, on aurait, en plus, un résultat très manichéen… Voir chiant. La pluralité dans le JDR ne peut pas passer par ce qui est raconté. Là, la description est le meilleur choix. Par contre, la pluralité va passer dans le comportement, les réactions, les peurs, les réjouissances ; plus généralement, les émotions des personnages.

C’est un travail fascinant et titanesque car il convient au MJ de respecter le caractère non pas d’un personnage… Mais de chaque personnage. Y compris, dans une moindre mesure, les personnages des joueurs. Et là où dans le livre, tout ça s’exprime par le récit, dans le JDR cela va s’exprimer par la prise (ou non) de parole et par les actions (ou les nons actions) des personnages… C’est d’ailleurs, parait-il, un point fort de mon JDR : cette diversité dans les personnages et leur caractère différents. Et ça n’empêche pas d’avoir, parmis les antagonistes, un méchant sorcier purement méchant. Le tout… C’est de savoir comment exprimer chaque personnage ET de le mettre en relief par la comparaison avec les autres.

Si on avait que le « méchant sorcier purement méchant », il serait… Banal. Pas amusant. Probablement pas intéressant à affronter. Mais de par sa position vis-à-vis des joueurs, des autres PNJ (qu’ils soient bons ou mauvais ; avec lui ou contre lui ; …) et des différences de comportement, il prend du relief et en donne aux autres. La pluralité est une part importante du JDR et comme presque tout dans un JDR, elle fait partie de l’ensemble. Un JDR est une combinaison d’une multitude de choses qui doivent s’associer. Et en perturber une vient perturber en cascade le reste. Par exemple, tout ce que je viens de dire ici… Peut être mis en relations avec les motivations des personnages. Et ça… C’est quelque chose qui peut évoluer durant le JDR pour, comme je le disais, une multitude de facteurs ou raisons. Et de là, influencer le comportement du personnage et ainsi de suite. En bref (pour éviter de trop déborder car une fois lancé, je ne m’arrête plus) je pense que la pluralité est importante et complexe dans un JDR mais qu’elle a tendance à surgir naturellement si on laisse chaque personnage s’exprimer (en tant que joueur et MJ… En tant que personnages vis-à-vis de personnage, c’est encore autre chose) et que, comme dans la vie réelle, les différences font la richesse !

Aldy : J’aimerais profiter de ce que tu dis pour rebondir sur un élément important : On dit souvent que un récit se qualifie souvent par ses enjeux, et la quête d’un héros, par la grandeur de son antagoniste. L’écriture de ces derniers est souvent un challenge difficile, car aujourd’hui les gens veulent des personnages plus profond que le « méchant sorcier purement méchant ». Alors au vu de ce que tu nous décrit, comment les construits tu toi, ces antagonistes dans ton JDR ? Sont ils important également pour toi, dans le bon déroulement d’une campagne ?

Yerim : Les antagonistes sont extrêmement importants. J’aime beaucoup l’approche d’Alexandre Astier sur le sujet quand il dit « Les méchants peuvent être ridicules ou ne pas l’être, moi ce qui fait que je les aime beaucoup et ce pourquoi j’y tiens, c’est que techniquement un méchant ça ne s’écrit pas juste pour qu’il vienne foutre la merde. Un méchant c’est un miroir du gentil. C’est un personnage qui est fabriqué exprès pour amener le héros dans ses retranchements » car c’est justement ce dont on a besoin dans un JDR. Je dirais juste que je modifierais le terme « méchant » par « antagoniste » car, pour moi, un antagoniste n’est pas forcément « méchant ». Par définition, de toute façon, un méchant n’est méchant que pour celui qui se considère gentil. C’est du jugement. Pour le « méchant » il se peut que les « méchants » soit en fait les « gentils ». C’est très complexe. Mais globalement, un antagoniste doit être un moteur. Il est souvent l’origine et/ou à l’origine de ce qui va pousser le ou les héros à se mettre en route, partir à l’aventure, se battre, ou autre. Alors oui, on pourrait dire « mais certaines histoires n’ont pas besoin d’antagonistes pour que le héros se mette en route » et c’est vrai. Mais je ne dis pas que l’antagoniste est le seul type de moteur. Je dis qu’un bon antagoniste doit être un moteur. Ou mieux : il doit être un objectif. Ca peut être un petit objectif ou un majeur. Mais les antagonistes doivent toujours être lié d’une façon ou d’une autre à un objectif à atteindre. Maintenant, pour la façon dont je les construis… Je dirais que ça dépend. Pour le coup, je vais surtout parler des principaux. Pas que les antagonistes secondaires ne soient pas importants (au contraire, ils permettent de jalonner le JDR et de, justement, rendre les principaux encore plus « menaçant » par comparaison) mais je pense que c’est surtout intéressant pour les principaux.

Déjà, il faut savoir que je ne décide pas totalement de qui est ou non antagoniste. Ca peut évoluer. Je procèdeavec ce que j’appelle des « probabilités d’antagonisme » et si certains personnages sont quasiment certains de l’être, c’est plus nébuleux pour d’autres. Et ça peut évoluer. Parce que… De la même façon qu’un antagoniste doit être « un miroir du gentil, un personnage qui va amener le héros dans ses retranchements » le héro est par opposition celui qui va pousser l’antagoniste dans ses retranchements. Les héros sont liés aux objectifs de l’antagoniste. Et quand on y pense, c’est logique, sinon, pourquoi y aurait-il opposition ?

C’est généralement la question importante à se poser. Si la réponse à la question c’est « parce que l’antagoniste fait le mal »… Bah… C’est un peu faible. Il faut aller au delà. Parce que la réponse là n’est pas forcément à jeter. Mais il faut se demander « pourquoi il fait le mal ? » et s’interroger aussi sur le concept même de « bien » et de « mal » (et on revient ici sur mon parcours scolaire qui a eu pas mal de philosophie ; ça peut aider un peu) etc. Mais on peut partir sur d’autres réponses. On retrouve ici le principe de motivation dont je parlais à propos des joueurs… Sauf que, et c’est là que ça devient intéressant, le MJ ne contrôle pas les joueurs. Il doit les stimuler pour qu’ils soient motivés. Mais il ne peut pas les motiver lui-même. C’est au joueur à faire avancer son personnage selon ses motivations de joueur et celles du personnage. L’antagoniste, en revanche, le MJ a le contrôle. Et via l’opposition dont j’ai longuement parlé, il est possible de créer un jeu de motivations pour faire avancer une histoire. Et avoir plusieurs antagonistes est, selon moi, indispensable. Ca permet d’offrir des motivations diverses (qui peuvent s’opposer entre antagonistes eux-même, d’ailleurs) et donc d’enrichir l’histoire. Mais aussi, ça permet d’offrir plusieurs type de moteurs aux joueurs. Bon… C’était un peu brouillon et je suis pas sûr d’être parvenu à exprimer clairement ma position. Mais on a une bonne base. En résumé, pour moi, les antagonistes sont extrêmement importants. D’ailleurs, je suis souvent beaucoup plus attentif aux antagonistes qu’aux héros dans les œuvres. Un antagoniste réussi peut sauver une histoire médiocre à mes yeux là où un héros aura plus de mal… Et inversément, un antagoniste médiocre peut ruiner une bonne histoire (bon là, un héros médiocre risque aussi de la ruiner mais bon) Bref. Là encore, un sujet dont je pourrais parler des heures. Mieux vaut en rester là sinon on est pas sorti de l’auberge.

Aldy : Effectivement, ce que tu disais sur les joueurs et leur implication se recoupe. Aujourd’hui, ton JDR, une campagne qui s’est étalée sur un certain temps s’est terminé. J’imagine que tu en gardes un bon souvenir tout de même. Quels conseils pourrais tu donner à ceux qui aimeraient justement se lancer dans un JDR aux multiples intrigues et facettes, pour qu’ils ne coulent pas en essayant ?

Yerim : Si je savais donner des conseils de ce genre, ça ferait longtemps qu’un certain ami aurait lancé son JDR. Mais même s’il a été un de ceux, justement, qui ont réussi à ce que, moi, je me lance, j’ai été bien incapable, en plus de quatre ans, de le convaincre de s’y mettre. Malheureusement je ne suis pas doué pour les conseils et les gens le savent. Mais… Puisque la question est posée, je vais en lister quelques un. Premièrement : garder l’équilibre en préparation indispensable et improvisation nécessaire. Il faut une préparation, on ne peut pas juste MJ sans y mettre du sien en amont. Mais d’un autre côté, il faut faire preuve de souplesse et d’ouverture d’esprit : ça ne se passe pas comme prévu ? Tant pis. Ou même… Tant mieux ! La préparation, bien que capitale ne doit pas se transformer en rails dont on ne peut dévier. Je pense que ce serait justement un élément qui ferait couler un MJ et/ou son JDR. Bien sûr, il faut garder un cadre. Trop partir dans tous les sens n’est pas bon non plus car on finit par s’y perdre. Les joueurs d’abord, le MJ lui-même ensuite.

Deuxièmement : garder une vue d’ensemble. Quand on a plusieurs intrigues qui se mélangent, il faut pouvoir un moment se poser et évaluer les conséquences les unes sur les autres. C’est assez difficile à expliquer sans exemple concret… Mais on peut essayer de le faire avec la seconde guerre mondiale. Ce qu’il se passait en Europe et ce qu’il se passait du côté du Japon, c’est la deuxième guerre mondiale. Les deux côtés sont à part égale important. Maintenant c’est facile pour nous, on le voit avec le recul. Le MJ, lui, doit avoir cette vision globale alors que les évènements se jouent. S’il ne fait pas attention à ça, il peut se retrouver face à des souci de cohérence.

Troisièmement : savoir gérer l’égo. Tant le sien que celui des joueurs. C’est quelque chose d’ordre plus fonctionnel mais c’est important. Il faut savoir « calmer » les égos trop fort et faire s’exprimer les plus faibles (c’est extrêmement compliqué ; je n’y suis d’ailleurs pas totalement parvenu moi-même) afin que tout le monde puisse s’y retrouver.

Quatrièmement : ne pas avoir peur d’un rythme lent (dans l’histoire). Si le contenu est intéressant, que le rythme soit lent n’est pas un souci. Une de mes séances préférées d’Ilitia c’est justement une séance durant laquelle… Il ne se passe rien. Enfin. Si, justement. Il s’y passe beaucoup de chose. Mais rien dedans ne concerne l’intrigue. Rien dedans ne concerne un combat. C’est juste une séance où les joueurs ont décidé de… Prendre du bon temps. Souvent ellipsée (même dans Ilitia ; cette séance est une exception) elles apportent pourtant pas mal de chose. Il y a eu du lore dans cette séance. Ils ont participé à une « cavalcade » un événement sportif d’Ilitia. Ils ont pu discuter d’autre chose que de l’intrigue. Des choses aussi habituellement réservées au cadre du rp. Et du coup, ça a fait une séance où, dans les faits, au niveau du JDR à proprement parler… On a pas avancé. Mais c’était un très belle séance et je pense qu’elles sont nécessaires.

Cinquièmement : ne pas avoir peur d’accélérer. Oui, je sais. C’est l’inverse du précédent. Mais ici c’est plus dans le sens : les joueurs font du sur place, ça n’avance plus. Mais il ne font pas du sur place parce qu’ils font quelque chose d’autre, non. Ils font du sur place parce qu’ils ne parviennent plus à avancer pour x ou y raisons. Là, le MJ doit prendre ses responsabilités et débloquer la situation d’une manière ou d’une autre. Trop de « piétinnement » risque de « piétinner » le JDR.

Sixièmement : je suis pas sûr d’y être parfaitement parvenu mais… Varier les séquences. Proposer des choses qui se différencient. Pas tout le temps. Et pas forcément des choses extraordinaires. Mais par exemple : alterner entre exploration et combat. Entre infiltration et énigmes. Distiller de temps des éléments différents ça aide beaucoup ! Et… J’en oublie sûrement. Mais voilà pour les conseils !

Aldy : Finalement ca fait quand même beaucoup de conseils pour quelqu’un qui dit ne pas savoir conseiller, haha ! L’expérience est finalement le meilleur conseil qui existe. As tu des projets à venir maintenant que ton jdr est terminé ?

Yerim : Peut-être… Mais ça me frustre un peu de ne pas être assez convaincant. En tous cas, j’essaye. Et pour les projets… Oui, j’en ai. La suite du dit JDR. J’ai une deuxième campagne dont j’ai déjà les grandes lignes. Elle suit évidemment la première. J’ai tendance à me mettre pas mal la pression surtout que je sais que certains attendent cette deuxième campagne… Je ne dirais pas « au tournant » mais presque. J’espère pouvoir faire au moins aussi bien que pour la première. Déjà, en évitant certaines erreurs que j’ai pu faire durant cette dernière. Pour le reste…

Je ne sais pas trop. J’ai l’impression que j’aimerais faire des choses mais que je ne sais pas quoi. C’est un peu étrange comme ressenti. Puis faut quand même que je dise que j’ai un profil d’imaginatif plus que de créatif. C’est souvent une barrière pour moi de passer de l’idée à la réalisation. Pas que ça soit impossible, j’ai déjà prouvé que ça ne l’était pas. Mais… Disons que c’est quand même un peu une faiblesse chez moi. Donc je ne sais pas. Mais déjà un Ilitia 2 ça sera pas mal… Surtout que maintenant, j’ai un boulot ce que je n’avais pas durant les 95% de la première campagne.

Aldy : Et si tu avais un objectif, un seul, que tu voudrais accomplir avec cet Illitia 2, ce serait quoi ?

Yerim : Que les joueurs se disent qu’ils ont passé un bon moment. Que le temps qu’ils ont investi ne soit pas du temps « perdu ». On est dans une société où le temps est une ressource importante. Et on est souvent confronté à choisir quoi faire de son temps libre. Ma plus grande crainte, vraiment, ce serait qu’ils aient ce sentiment qui consiste, en résumé, à se dire qu’ils auraient peut-être préféré faire autre chose. Et je dis les joueurs mais, histoire de suivre des conseils qu’on m’a donné : ça vaut pour moi aussi. En gros, j’aimerais qu’Ilitia 2 soit un JDR qu’on a envie, tant joueurs que MJ de faire avancer. Voilà. C’est sans doute un peu cliché et j’ai hésité avec le fait de « apporter des réponses aux questions, raconter un univers cohérent qui intéressent les joueurs » mais je pense que ce deuxième objectif entre dans le premier. Alors que l’inverse n’est pas forcément vrai. Du coup, je vais rester sur cette réponse !

Aldy : Je trouve que c’est justement une très belle réponse ! Une dernière chose avant de nous quitter, je propose à toutes les personnes qui passent par les interviews de proposer un ou plusieurs créatifs sur internet qu’ils jugent trop peu visible et qui méritaient qu’on s’y attarde. Aurait tu des gens à nous présenter, et des liens ?

Yerim : Alors. Je vais présenter quatre chaines youtube Je sais pas si elles sont trop peu visibles mais… Bah, c’est ce que j’ai envie de mettre ici en avant.

1) https://www.youtube.com/channel/UC-4WUubuVGowG_R7gdgesPA Une chaîne assez bien dans le thème de l’échange qu’on vient d’avoir. Il y est question d’analyse de personnages et, plus récemment, de créatures. S’il y en a une des quatre que je dois sortir du lot… C’est celle-ci.

2) Toujours en lien avec l’échange qu’on a eu, une chaine dont les musiques m’inspirent souvent pour créer… Si bien que certaines se retrouvent en musique d’ambiance pour mon JDR, justement : https://www.youtube.com/channel/UCCL6Ou2wBMju7Ox-InSLFkw

3) … Sans rapport cette fois et peut-être un peu surprenant : https://www.youtube.com/channel/UCFXc5nAao6554AIXlN9KgwQ Il faut savoir que j’ai passé pas mal de temps étant jeune (et ça m’arrive encore) à créer des niveaux de Mario ou Yoshi. Cette chaîne est donc pour moi très amusante… Et parfois même instructive.

4) La dernière et sans doute déjà plus visible que les autres (si j’en crois le nombre d’abonné. Est-ce qu’on peut se fier à ça ? Je ne sais pas mais j’ai pas d’autre élément sur lequel m’appuyer) https://www.youtube.com/channel/UC-4WUubuVGowG_R7gdgesPA Globalement et parce que je ne pouvais pas répondre à cette question sans y apporter quelque chose en lien avec la connaissance et/ou l’apprentissage, je parle de cette chaîne pour la série des « idées reçues » qui consiste à, via des vidéos courtes, démonter des idées reçues avec un peu d’humour. Voilà voilà. J’espère que ça aura répondu à l’attente !

Ho. Et sinon. Je recommande Pierre Grimbert. Techniquement, je l’ai déjà plus ou moins fait ET il n’est pas vraiment un créatif d’internet. Mais tant que j’y suis, j’en profite !

Aldy : Je te remercie en tout cas de m’avoir accordé de ton temps pour répondre à mes questions, ce fut un plaisir !

Yerim : Tout le plaisir était pour moi ! Ça fait toujours plaisir de voir de l’intérêt porté à son travail. Je ne manquerai pas d’aller lire le résultat une fois publié. En j’en profiterai pour lire le reste car j’ai préféré ne pas lire les éventuels autres interview avant d’avoir terminé le mien comme ça j’évitais des influences externes inconscientes. Un grand merci pour cette interview !

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Une réflexion sur « Interview #05 – Yerim, le passionné qui ne sait pas s’arrêter »

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